
1. Être chrétien : faire ou être ? La question qui change tout
Avant d’entrer dans le vif du sujet qui nous réunit aujourd’hui – le problème du péché –, je voudrais vous poser une petite question simple en apparence, mais profondément révélatrice : être chrétien, c’est quoi exactement ?
Est-ce faire ? C’est-à-dire accumuler de bonnes actions, agir correctement en toutes circonstances, respecter scrupuleusement la Parole de Dieu, obéir à Sa loi, participer fidèlement aux cultes, prier régulièrement, donner la dîme, éviter les fautes visibles ?
Ou est-ce être ? C’est-à-dire devenir une personne radicalement différente de l’intérieur, avoir un cœur transformé par l’Esprit de Dieu, porter des aspirations nouvelles, un état d’esprit renouvelé, une vision complètement différente du monde, des autres et de soi-même ?
La réponse la plus courante que l’on entend est : « Les deux ». Et c’est compréhensible. Mais à y regarder de plus près, à la lumière des Écritures, la vérité biblique est claire et puissante : être chrétien, c’est avant tout ÊTRE.
Parce que le faire est censé être la conséquence naturelle, le débordement visible de ce que nous sommes devenus en Christ. Je le répète pour que cela s’ancre profondément dans nos cœurs : le faire est censé être une conséquence de ce que nous sommes. Ce que nous faisons au quotidien n’est que le témoignage extérieur, le fruit visible d’une réalité intérieure déjà transformée par Dieu. Le faire témoigne de ce que nous sommes. Ce que nous faisons n’est que le témoignage de ce que nous sommes devenus.
Et cette distinction n’est pas théorique ou philosophique : elle est décisive. Elle influence fortement la manière dont nous vivons notre foi chrétienne jour après jour. Quand on observe autour de nous, on voit deux grandes façons de concevoir la vie chrétienne :
- D’un côté, certains fondent leur identité de « bon chrétien » sur le fait d’être pratiquant : je pratique ma foi, je fais ce qu’il faut faire je vais au culte régulièrement, je respecte les rites, je fais mes dévotions, je participe aux sacrements ou célébrations, je m’implique dans l’Église . C’est l’accomplissement régulier de ces pratiques religieuses qui me définit et qui me rassure. Si on leur pose la question, ilssont souvent dans la logique où ils remplissent leur part du marché. Souvent la relation compte mais ils sont avant tout des pratiquants, « car la foi sans les œuvres est morte » (Jacques 2:26).
- De l’autre côté, d’autres placent tout sur la relation personnelle et la communion intime avec Dieu : c’est parce que j’ai un vrai cœur à cœur avec le Père, parce que je Le connais, que je Lui parle et qu’Il me parle, que ma vie se transforme naturellement. Ici, ce n’est pas d’abord la pratique qui sauve ou qui définit, c’est la relation vivante qui produit le reste. Ici, il n’y a pas vraiment de marché mais on vit plutôt une vie de reconnaissance. « Car c’est Dieu qui opère en vous le vouloir et le faire » (Philippiens 2:13).
Ces deux approches ne s’excluent pas forcément, mais elles ne sont pas du même ordre. Jésus Lui-même nous met en garde : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi » (Matthieu 15:8). On peut être très pratiquant extérieurement… et avoir le cœur ailleurs. Et Il ajoute : « C’est de l’abondance du cœur que la bouche parle » (Matthieu 12:34).
Tout ce que nous disons, tout ce que nous faisons jaillit de ce que nous sommes au plus profond. Si nos pratiques ne débordent pas d’un cœur régénéré, nous pouvons être très « pratiquants » et passer complètement à côté de ce que Dieu recherche vraiment : pas seulement des serviteurs occupés, mais des fils et des filles qui Lui ressemblent dans leur être profond.
Le problème, et la difficulté, c’est qu’une pratique qui n’est pas le résultat d’une transformation intérieure est sans valeur aux yeux de Dieu. Même si cela nous préserve nous. Car après tout le bien reste le bien.
2. Chrétien ou disciple ? Une question de fond
Une remarque mérite d’être soulevée : dans la Bible, Jésus ne dit pas « faites des chrétiens ». Il dit clairement : « Faites des disciples de toutes les nations » (Matthieu 28:19). Le mot « chrétien » n’est pas d’origine biblique au sens propre. Au départ, les croyants s’appelaient les Nazaréens ou simplement « ceux du Chemin ». C’est de l’extérieur, à Antioche, que les gens ont commencé à les appeler chrétiens.
Cela dit, dans cet enseignement, lorsque nous disons « chrétien », nous entendons disciple – celui qui croit de tout son cœur, qui a reçu la vie nouvelle, qui sait ce qu’il est en Christ et qui a réellement embrassé la foi de Jésus. Car on peut très bien être un fidèle dans une assemblée, participer régulièrement aux cultes, être présent à toutes les activités… et pourtant ne pas avoir encore fait cette démarche intérieure de foi vécue. On peut être un fidèle sans être un disciple. Et ce n’est pas la même chose.
Il arrive même que certaines personnes n’aient pas réellement foi en Dieu, mais foi en leur religion, et cela sans même le savoir.. Cette distinction peut sembler subtile, mais elle est décisive. Car si ta foi est vraiment inscrite en Dieu Lui-même, même si tu rencontres des déceptions, des scandales ou des hypocrisies dans une Église, cela ne t’éloignera pas de Lui. Tu continueras à Le suivre. En revanche, si ce sont les déceptions rencontrées dans la religion qui te font tout laisser tomber, c’est peut-être que ta foi était mal placée. En réalité, tu avais foi en ta religion, mais pas en Dieu Lui-même.
Il faut donc ne pas se laisser arrêter par les mots. Les mots n’ont pas forcément d’importance en eux-mêmes. Ce qui compte, c’est le message qu’ils portent. Si l’on parle de chrétien dans cet enseignement, c’est pour que tout le monde comprenne facilement. Mais il faut l’entendre ainsi : Un vrai chrétien est avant tout un disciple. Mais tous les chrétiens ne sont pas des disciples.
3. Du faire à l’être : porte d’entrée dans le problème du péché
Comprendre que le christianisme est avant tout une question d’être n’est pas qu’une mise en bouche philosophique, c’est la clé de voûte de tout cet enseignement. Car nous allons voir que le problème du péché, c’est plus ce que nous sommes devenus que ce que nous faisons. Nos actes ne sont que le reflet de notre condition intérieure. Et la question qui se pose alors est : comment sommes-nous devenus ce que nous sommes actuellement ? Pour comprendre cela, nous faut retourner au commencement, au tout début, au moment de la création.
Avant d’aborder la chute, il faut d’abord comprendre ce que Dieu avait conçu. Au sixième jour, « Dieu vit tout ce qu’il avait fait, et voici, cela était très bon » (Genèse 1:31). Le monde que Dieu a créé était un monde sans défaut. Mais il y a une subtilité qu’on oublie parfois : ce monde n’était pas seulement bon, c’était un écosystème parfait. Un système où toutes les choses sont liées les unes aux autres, où chaque élément joue un rôle précis et indispensable. Comme dans une montre mécanique, où chaque pièce s’emboîte dans une autre : si l’une manque, la montre ne fonctionne plus. Si un caillou tombe dans le mécanisme, tout se bloque.
Dans cet écosystème, la liberté existe, mais l’indépendance n’existe pas. Et cela est très, très important à comprendre. Regardez les animaux dans la forêt : ils sont libres d’aller là où ils veulent, de faire ce qu’ils veulent. Mais leur survie dépend de leur alimentation, qui dépend de leur environnement direct, qui dépend du climat, qui dépend du soleil, qui dépend du système solaire, qui dépend de la galaxie, qui dépend des amas de galaxies, qui dépend des lois de l’univers (lois de la physique, etc.), et tout cela dépend de Dieu, qui tient tout entre ses mains. Il maintient l’existence, le mouvement et l’être de toute chose. Rien n’est vraiment indépendant.
Et cette réalité nous révèle quelque chose de fondamental : l’indépendance est une caractéristique divine. Ce n’est pas une caractéristique humaine. On peut se proclamer homme indépendant, femme indépendante, mais il faut bien qu’on boive, il faut bien qu’on mange. Nous sommes liés par ce que nous sommes. Et quand je fais du mal à quelqu’un, d’une certaine façon, je me fais aussi du mal à moi-même, parce que nous sommes tous liés. C’est dans ce beau mécanisme, régi par des lois naturelles précises, que le péché va venir s’introduire comme une pierre dans les rouages.
4. Le péché : transgression, omission et but raté
Dieu a créé un écosystème parfait, régi par des lois. Et dans cet écosystème, il a donné à chacun un rôle et une place. Le péché, dans sa définition la plus directe, c’est la transgression de ces lois. La Bible le dit clairement : « Tout homme qui pratique le péché transgresse la loi, et le péché est la transgression de la loi » (1 Jean 3:4). Transgresser, c’est aller à l’encontre du fonctionnement naturel des choses, des lois naturelles (physique, chimie, mécanique), des lois morales (qui reflètent le caractère de Dieu) et des lois spirituelles (comme le principe de semence et de récolte). Quand on transgresse l’une de ces lois, on génère un déséquilibre. Et ce déséquilibre conduit, naturellement et mécaniquement, à la mort.
C’est pourquoi la Bible déclare : « Car le salaire du péché, c’est la mort, mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur » (Romains 6:23). Mais attention, ce n’est pas parce que Dieu a décidé arbitrairement que le péché entraîne la mort. C’est une conséquence naturelle du dérèglement causé par la transgression des lois qu’il a établies. Comme la pierre tombée dans le mécanisme de la montre : ce n’est pas le fabricant qui décide que la montre va s’arrêter. C’est la conséquence logique du dysfonctionnement.
Mais le péché, ce n’est pas seulement la transgression. Il va plus loin. Jacques nous révèle une autre dimension : « Celui qui sait faire ce qui est bien et qui ne le fait pas commet un péché » (Jacques 4:17). Cette fois, la personne n’a transgressé aucune loi, elle n’a pas fait quelque chose de mal. Elle s’est simplement abstenue du bien qu’elle aurait dû faire. Et cela aussi, c’est péché. Pourquoi ? Parce que le péché, dans son sens le plus profond, c’est rater le but. Nous avons été créés dans un objectif précis. Et ne pas accomplir cet objectif, c’est rater le but de notre existence, c’est pécher. Prenons une image simple : une fourchette a été créée pour manger. Si tu la prends à l’envers et que tu manges avec le dos de la fourchette, elle n’accomplit pas ce pour quoi elle a été faite. Tu as raté le but. Et c’est exactement la même chose pour nous.
5. Deux façons de rater le but : transgression et iniquité
Il y a donc deux façons de rater le but. Et ce n’est pas un hasard si, au tout début de cet enseignement, la question posée était : être chrétien, c’est faire ou c’est être ? Cette question avait été posée volontairement, précisément parce que ces deux dimensions correspondent aux deux manières de rater le but. On peut rater le but en faisant ce qui est mal, c’est la transgression. Et on peut rater le but en étant mauvais, c’est l’iniquité.
Transgresser, c’est faire ce qui est mal. Dans la transgression, les accidents existent. On peut mentir sans l’avoir vraiment prémédité, parler trop vite, se retrouver dans une situation difficile et faire un faux pas. Ce n’est pas bien, mais c’est humain dans le sens où ce n’est pas nécessairement délibéré.
Être inique, en revanche, c’est être mauvais. Et dans l’iniquité, il n’y a pas d’accident. Aucun. Les personnes iniques font exprès, le mal est calculé, programmé, choisi, désiré. Vous avez tous certainement rencontré des gens qui font mal, et d’autres qui sont mauvais. Ce n’est pas la même chose. Dans l’iniquité, la personne réfléchit, prépare, sait que c’est mal, et le fait quand même. C’est un mal volontaire. Et cette distinction est très importante, parce qu’elle va conditionner la manière dont Dieu lui-même a dû apporter une réponse au problème du péché.
6. L’origine du mal : l’exaltation du moi
Pour comprendre l’origine profonde du péché, il faut remonter avant l’histoire de l’humanité, il faut remonter à Lucifer lui-même. La Bible nous donne, même si c’est un mystère, quelques lumières précieuses sur ce qui s’est passé. Ézéchiel 28 nous dit : « Tu étais un chérubin protecteur aux ailes déployées, je t’avais placé et tu étais sur la sainte montagne de Dieu, tu marchais au milieu des pierres étincelantes. Tu as été intègre dans tes voies depuis le jour où tu fus créé, jusqu’à celui où l’iniquité a été trouvée en toi » (Ézéchiel 28:14-15). Il était intègre. Puis l’iniquité est apparue. Et le verset suivant ajoute : « Par la grandeur de ton commerce, tu as été rempli de violence et tu as péché » (Ézéchiel 28:16). Cette violence, c’est ce qu’on appelle la puissance du péché, le mal intérieur qui s’est amplifié jusqu’à produire la transgression. C’est de l’abondance du cœur que la bouche parle, et c’est de l’iniquité qui était en lui qu’il a été rempli de violence, jusqu’à transgresser.
Mais quelle en est la cause ? Le texte nous dit : « Ton cœur s’est élevé à cause de ta beauté, tu as corrompu ta sagesse par ton éclat » (Ézéchiel 28:17). C’est là la cause première, l’exaltation du moi. C’est le fait de se regarder soi-même, de se contempler, de se dire : je suis beau, je suis sage, je suis puissant. Et cette exaltation du moi fait tomber la créature dans l’illusion de l’indépendance, comme si elle pouvait exister, agir, vivre en dehors de l’ordre que Dieu a établi. Lucifer a oublié sa place. Il a oublié son rôle. Il a cru pouvoir être indépendant, et cette illusion l’a conduit à l’iniquité. Et l’iniquité a engendré la transgression. Et la transgression a engendré la mort et la destruction.
La chaîne est claire et implacable : l’exaltation du moi → l’illusion de l’indépendance → l’iniquité → la transgression → la mort. Et pour illustrer ce processus, voici une image médicale : pensez au cancer. Le corps humain est un beau mécanisme où chaque cellule joue un rôle particulier, chaque organe a sa mission. Le cancer, c’est une cellule qui prend son indépendance, elle décide de faire ce qu’elle veut, comme elle veut. Elle n’accomplit plus son œuvre, elle n’est plus en harmonie avec le reste du corps, et elle engendre un dérèglement dans tout le mécanisme. Et à force de dérèglement, cela conduit à la mort du corps tout entier. C’est exactement ce qui s’est passé dans la création quand Lucifer a choisi l’indépendance.
7. Le même processus dans le jardin d’Éden
Ce que Lucifer a vécu en lui-même, il a cherché à l’inoculer dans le cœur des humains. Et c’est précisément ce qu’on observe dans la Genèse. Ésaïe 14 nous montre comment Lucifer raisonnait : « Te voilà tombé du ciel, astre brillant, fils de l’aurore ! Tu disais en ton cœur : Je monterai au ciel, j’élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu ; je m’assiérai sur la montagne de l’assemblée, à l’extrémité du septentrion ; je monterai sur le sommet des nuées, je serai semblable au Très-Haut » (Ésaïe 14:12-14). C’est l’expression parfaite de l’exaltation du moi, non seulement l’illusion de l’indépendance, mais la prétention à être comme Dieu lui-même. Et rappelez-vous : l’indépendance totale est un attribut divin. Le seul qui soit vraiment indépendant, c’est Dieu.
Et c’est ce même processus que le serpent a tenté d’insuffler dans le cœur d’Ève : « Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal » (Genèse 3:5). Lucifer a tenté d’intégrer dans le cœur des humains le mécanisme même qui avait opéré dans sa propre existence, exciter le moi, engendrer l’illusion de l’indépendance, conduire à la transgression. Et Ève a vu que l’arbre était bon à manger, agréable à la vue, précieux pour ouvrir l’intelligence. Elle a pris du fruit et en a mangé, et en a donné à son mari. « Les yeux de l’un et de l’autre s’ouvrirent, ils connurent qu’ils étaient nus » (Genèse 3:7).
Mais il y a une distinction importante à faire ici entre Ève et Adam. Ève a été séduite, elle-même le reconnaît : « Le serpent m’a séduite et j’en ai mangé » (Genèse 3:13). Le mot clé ici, c’est séduire. Ce n’était pas pleinement un acte volontaire et prémédité. Ève a bel et bien transgressé, mais dans la transgression. Adam, lui, c’est autre chose. Et la Bible le dit sans ambiguïté : « Ce n’est pas Adam qui a été séduit, c’est la femme qui, séduite, s’est rendue coupable de transgression » (1 Timothée 2:14). Adam n’a pas été séduit. Il savait que c’était mal. Il avait compris. Et pourtant, il a agi volontairement contre la volonté de Dieu. Sa transgression était une transgression empreinte d’iniquité, c’est-à-dire un mal conscient, choisi, délibéré. C’est pour cette raison que la Bible ne dit pas que le péché est entré dans le monde par Ève, mais par Adam. « Or, le péché n’est pas imputé quand il n’y a pas de loi… cependant la mort a régné depuis Adam jusqu’à Moïse, même sur ceux qui n’avaient pas péché par une transgression semblable à celle d’Adam » (Romains 5:13-14). La transgression semblable à celle d’Adam, c’est précisément une transgression teintée d’iniquité. Et c’est par cette iniquité, cette racine du mal, qu’Adam a introduit dans l’humanité toute entière la source du péché. Si Adam n’avait pas été inique, les choses se seraient arrêtées à Ève. Mais l’iniquité étant la racine, c’est par elle que le péché s’est transmis de génération en génération. Aujourd’hui encore, chaque enfant qui naît porte en lui cet héritage. Il naît pécheur, non parce qu’il l’a choisi, mais parce que la racine est là, dans ses veines, depuis Adam.
8. Jacques 1:14-15 : le processus complet décodé
Il existe dans la Bible un verset rare, un verset qui décrit, dans sa totalité, le processus du péché depuis son origine jusqu’à son aboutissement. C’est Jacques 1, versets 14 et 15. Il faut le souligner dans sa Bible, car il n’y a pas beaucoup d’autres passages qui expliquent tout le processus avec autant de précision et de détail.
« Chacun est tenté quand il est attiré et amorcé par sa propre convoitise ; puis la convoitise, lorsqu’elle a conçu, enfante le péché ; et le péché, étant consommé, produit la mort » (Jacques 1:14-15). Pour bien comprendre ce texte, il faut savoir décoder les mots. La Bible utilise souvent le mot péché de manière générique, mais nous avons vu qu’il y a une distinction entre l’iniquité et la transgression. En appliquant cette distinction : le verset 14 parle de l’iniquité, le mal qui est en nous, cette convoitise intérieure qui nous attire et nous excite. C’est ce que nous sommes. Et le verset 15 parle de la transgression, l’iniquité, lorsqu’elle a conçu, enfante la transgression. Et la transgression, lorsqu’elle est consommée, produit la mort.
Le processus est complet : l’iniquité est en nous, elle nous excite, elle produit la transgression, et la transgression produit la mort. On voit donc qu’il y a deux problèmes distincts : le problème de ce que nous sommes, l’iniquité, et le problème de ce que nous faisons, la transgression. Et ces deux problèmes conduisent au même résultat : la mort. C’est pourquoi, dans son plan de salut, Dieu devait apporter une réponse à chacun de ces problèmes. Ce n’est pas un seul problème à résoudre, c’en sont plusieurs. Et nous verrons dans les études à venir comment Dieu, dans son immense amour, a relevé chacun de ces défis.
9. Le verre d’eau et le verre de poison
Pour comprendre pourquoi cette distinction entre transgression et iniquité est si cruciale, voici une image puissante, à comprendre spirituellement :
Imaginez que la vie droite, c’est un verre d’eau pure et fraîche, L’eau représente la puauté et les bonnes œuvres. Mai à chaque fois que vous faites quelque chose de mal, même sans le vouloir, une goutte de poison tombe dans ce verre. Même une seule goutte suffit à tout contaminer : le verre n’est plus potable, il conduit à la mort. C’est la situation de celui qui transgresse, même involontairement.
Maintenant, voyons la personne dans l’iniquité. Cette personne n’a pas un verre d’eau. Elle a un verre de poison . Ce n’est pas de l’eau qui a été contaminée, c’est du poison d’emblée. Et pourtant, que vous buviez le verre d’eau empoisonné ou le verre de poison pur, les conséquences sont les mêmes. C’est le même résultat : la mort.
C’est pourquoi le problème du péché est universel : les bons et les mauvais ont le même salaire. Car personne n’est sans péché. Même le plus vertueux a, à un moment ou à un autre de sa vie, laissé tomber au moins une goutte de poison dans son verre.
Mais Dieu, dans son immense sagesse et sa justice, ne peut pas regarder le monde et dire que c’est la même chose – le verre presque pur et le verre de poison. Ce n’est pas la même chose. Et c’est précisément parce que ce n’est pas la même chose qu’il fallait que Dieu vienne apporter une solution à cette injustice, une solution capable de répondre aux deux problèmes à la fois : ce que nous faisons et ce que nous sommes. Et c’est là que commence la réponse de Dieu.
10. L’injustice universelle : les bons et les méchants ont le même salaire
Face à cette situation, une question lourde se pose : comment se fait-il que les bons et les méchants aient le même salaire ? Comment se fait-il que des générations entières portent les conséquences d’une faute qu’elles n’ont pas commise ? Personne n’était là quand Adam a mangé le fruit. L’humanité toute entière était, pour ainsi dire, dans les reins d’Adam, et à travers lui, nous sommes tous son héritage. Mais nous n’avons pas choisi ça.
Abraham, Isaac et Jacob méritent le même salaire que les plus grands criminels de l’histoire. Le juste et l’injuste, le pratiquant fidèle et le transgresseur volontaire, tous ont le même salaire : la mort. C’est l’injustice totale.
Est-ce juste ? Dieu va-t-il laisser cette injustice ? Y a-t-il une solution ? C’est précisément cette question brûlante que nous approfondirons dans la prochaine étude.
Conclusion
Cet enseignement nous a conduits, pas à pas, du commencement jusqu’au cœur même de la rédemption. Nous avons découvert que le christianisme est d’abord une question d’être avant d’être une question de faire, parce que ce que nous faisons n’est que le fruit de ce que nous sommes devenus. Nous avons compris que le péché n’est pas simplement un acte mauvais, mais une condition profonde : une racine d’iniquité héritée d’Adam, qui se manifeste dans des transgressions, et qui conduit naturellement à la mort. Nous avons vu que Lucifer lui-même a été le premier à succomber à l’exaltation du moi, tombant dans l’illusion de l’indépendance, et que ce même piège a été tendu à l’humanité dans le jardin d’Éden.
Mais la réalité qui nous reste en tête est cette injustice criante : les bons et les méchants ont le même salaire. Est-ce que Dieu va laisser les choses ainsi ? Y a-t-il une solution à cette injustice universelle ? C’est exactement la question qui ouvrira la prochaine étude. Une question qui touche au cœur de la foi, de la justice et de l’amour de Dieu.
Elio JACQUOT